Mon approche

Boshnah («confusion » en hébreu) hésite à entreprendre une thérapie. Il se questionne. Guidonis (« guide » en latin) l’accompagne dans sa réflexion.

 BOSHNAH ET GUIDONIS

Dialogue imaginaire et matière vivante pour vous présenter mon approche et ma pratique

Guidonis : Dis-moi, il y  a quelques temps tu avais évoqué ton envie de démarrer une thérapie non ?
Boshnah : J’y pense encore.

Silence. Celui du flottement

 
Guidonis : Et ?
Boshnah : C’est compliqué.
Guidonis : Tu veux dire que ça n’est pas simple ?

Sourires

Guidonis : Saurais-tu dire ce qui te freine ou t’empêche ?

Silence

Boshnah : Des peurs je crois. Peur que ce soit encore plus compliqué après. Finalement, je ne m’accommode pas si mal de ma vie telle qu’elle est. Il y a pire.
Guidonis : Hum. Il y a pire.

Silence

Guidonis : Alors il y a donc sans doute mieux? Mais ce n’est pas sûr c’est ça ?
Boshnah : Disons que je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle.
Guidonis : Ah ! Une expression ! J’adore !
Boshnah : Tu te moques ?
Guidonis : Pas du tout. Je trouve les expressions riches et pleines de signifiant.  Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Il me semble que tu parles de mesurer les risques là. Ça me semble sain comme démarche. Quels seraient les risques pour toi ?

Silence. Celui de la réflexion

Boshnah : Il y a des choses qui fonctionnent dans ma vie et d’autres moins, mais je fais avec. Je connais mes faiblesses. Et mes points forts.
Guidonis : Oui, je comprends.

Silence

Guidonis : Il est sans doute vrai de dire que la thérapie est engageante. De part et d’autre.
Boshnah : De part et d’autre ? Que veux-tu dire ?
Guidonis : Chez le client, mais aussi chez le thérapeute. Disons que je le vois comme un engagement mutuel. Une collaboration. Un engagement qui implique du mouvement, au moins dans la pensée, ce qui est à mes yeux ouvrant et positif. Et qui induit également une responsabilité.
Boshnah : Une responsabilité ? Pour qui ?
Guidonis : Celle du thérapeute sur le plan éthique et parallèlement celle du client, en tant qu’auteur de ses choix, de ses blocages,  de sa souffrance, des situations dans lesquelles il se met, de leur répétition. Je porte la responsabilité de ce que je fais, comme de ce que je choisis d’ignorer, mes incapacités à agir.
Boshnah : Attends attends, responsable de sa souffrance ? C’est un peu fort je trouve.
Guidonis : Je crois vraiment que la réussite d’une thérapie passe par la prise de conscience que nous sommes souvent à l’origine de ce qui nous empêche, nous gêne, nous envahit, nous fait souffrir. Souvent.

Long silence.

Boshnah : J’ai entendu parler de contrat en thérapie, tu connais ?
Guidonis : Oui. Je travaille avec. Pas systématiquement, mais souvent. Ça peut aider le client à poser  les objectifs qu’il souhaite atteindre et au thérapeute à les lui rappeler.
Boshnah : Simple quoi !
Guidonis : Rassure-toi ça ne l’est pas.

Sourire. Celui de la connivence

Boshnah : Il y autre chose qui me fait peur en thérapie, c’est tout le travail sur l’histoire, l’enfance. C’est obligé d’aller remuer tout ça ?
Guidonis : Lorsque tu conduis ta voiture, où regardes-tu ?
Boshnah : Devant. Evidemment.
Guidonis : Uniquement ?
Boshnah : Dans les rétroviseurs aussi. De temps en temps.
Guidonis : C’est ça. Un p’tit coup d’œil dans le rétro de temps en temps, pour voir ce qui se passe derrière et avancer en se sentant en sécurité. C’est un peu comme ça que je vois la thérapie. Des regards derrière au moment venu, d’autres devant, tout en concentrant l’attention sur le présent et mieux encore, sur le moment présent.
Boshnah : Alors tout à l’heure tu parlais de contrat, d’objectif, de client. Ça m’allait bien, ça m’avait l’air assez simple ton truc et plutôt moderne et puis là tu parles de spiritualité. C’est ça l’analyse transactionnelle ?
Guidonis : L’analyse transactionnelle c’est une théorie de la personnalité et de la communication : Comment mon fonctionnement actuel, avec moi-même et avec les autres, est en partie basé sur les ancrages de mon enfance ? Pourquoi je reproduis régulièrement les mêmes expériences, alors qu’elles me semblent inefficaces et vectrices de souffrance ? Elle se pratique dans un cadre éthique et philosophique, dans un rapport égalitaire, en utilisant des outils concrets. Ça te va mieux expliqué comme ça ?
Boshnah : Bof.

Rires

Guidonis : Disons que mes outils pourraient se rapporter à ce que j’ai appris, mes formations. La manière dont je les utilise, serait ma pratique et puis il y a ce que je suis, mes ingrédients personnels, mon saupoudrage. Et cela forme un tout, sans cesse en mouvement.
Boshnah : Nous y revoilà. Le mouvement.

Silence

Boshnah : Crois-tu qu’il faille être une personne complexe et torturée pour faire une thérapie ?
Guidonis : C’est un prérequis bien sûr.

Rires

Guidonis : Je ne connais personne qui ne soit pas complexe, contrasté, lumineux ou sombre selon les heures. Il ne s’agit nullement de changer cela. La personne est ce qu’elle est. Le travail de thérapie, lui, se destine à alléger le poids causé par une souffrance.
Boshnah : En reconnaissant sa responsabilité ?
Guidonis : Exactement
Boshnah : Et en comprenant l’origine de la souffrance ?
Guidonis : C’est une bonne question. Je n’ai aucune certitude, mais je peux te dire ce que j’en pense aujourd’hui. Je ne suis pas sûre qu’il soit toujours nécessaire, voire possible, voire même souhaitable, de comprendre ou expliquer l’origine d’une souffrance. Entends bien que je dis pas toujours. Ça l’est parfois. Il me semble que le risque à vouloir comprendre est de s’engager sur un chemin interminable. Car que se passe-t-il si la personne ne comprend pas ? Même après des années de thérapie ? En ce cas, je préfère inviter le client à partir du précepte, que ce qui est, est. Un ancrage total et complet dans le présent. Car à l’instant où je te parle, la seule réalité qui soit, c’est bien l’instant présent.

Silence

Boshnah : En résumé, tu dirais que la thérapie c’est quoi ?
Guidonis : Tu y tiens à tes définitions.

Sourire et silence

Guidonis : Reconnaître sa responsabilité et oser se risquer au changement dans un cadre protecteur.
Boshnah : D’accord. Ambitieux.
Guidonis : « Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse. »
Boshnah : Très beau.
Guidonis : C’est une citation d’Irvin Yalom.

Sourires

Texte : Claudie VO VAN